La voix des femmes africaines résonne au Parlement des îles Canaries

Le Parlement des îles Canaries a accueilli le mardi 17 mars 2026, dans la salle Europa du parlement des Iles Canaries, la conférence « Femmes et Parlement : La voix de l’Afrique est féminine », organisée par Charter 100 Canarias et visant à mettre en avant le leadership des femmes africaines en politique.

La présidente du Parlement, Astrid Pérez, a inauguré l’événement en soulignant l’importance d’« écouter la voix des femmes » et en insistant sur le fait que leur participation est essentielle à la construction de sociétés plus justes et égalitaires. Elle a également salué le travail de Charter 100 Canarias dans la création de réseaux de coopération entre l’Afrique et les îles Canaries.

 

Parmi les intervenantes à cet évènement figurent Nayra Delgado, Coordonnatrice de plusieurs projets du Gouvernement des Canaries en Mauritanie, Mircea Delgado, député du Cap-Vert, Fatou Ndiaye, avocate sénégalaise et Sonja Arup, femme d’affaires gambienne.

Tout au long de la réunion, les participantes ont discuté des progrès et des défis liés à la représentation des femmes en Afrique, ainsi que de la nécessité de poursuivre la promotion de politiques favorisant l’égalité et la participation des femmes aux instances décisionnelles.

Avant l’événement, les intervenantes avaient rencontré la présidente Astrid Pérez, ainsi que Luis Guillermo Padilla Macabeo, directeur général des relations avec l’Afrique du gouvernement des îles Canaries, et Nardy Barrios, présidente de Charter 100 Canarias, lors d’une réunion institutionnelle visant à renforcer les liens de collaboration.

Par cette initiative, le Parlement des îles Canaries et Charter 100 Canarias réaffirment leur engagement en faveur du leadership des femmes et de la coopération internationale.

Extraits du discours de la Coordinatrice du Gouvernement canarien en Mauritanie

Actuellement Coordinatrice de plusieurs projets du Gouvernement des Canaries en Mauritanie à travers la Fondation Canario-Mauritanienne pour le Développement Économique et Social (FCM), notamment des initiatives telles que Tierra Firme, le Cluster de la Mode et Ballon de l’Espoir, Nayra Delgado a tenu d’emblée à remercier Charter 100 pour l’invitation.

Cette organisation « nous rappelle depuis des années quelque chose de très simple… mais profondément transformateur : que le talent n’a pas de genre, mais que les opportunités… parfois si et que le véritable progrès d’une société se mesure à la place qu’occupent ses femmes », a souligné cette pionnière très engagée dans le développement des relations économiques entre l’Europe et la Mauritanie et  coprésidente du CIEM, le Club des Investisseurs Européens en Mauritanie.

Et d’ajouter : « lorsque nous prononçons le mot Mauritanie, beaucoup de personnes ne pensent pas à un pays réel. Elles pensent à une image. Parfois le désert. Parfois la pauvreté », disant « quand on parle des Canaries, très souvent, la Mauritanie apparaît dans les médias pour une raison bien précise : la migration. Les embarcations qui partent de ses côtes et arrivent sur les nôtres ».

Nayra Delgado qui est par ailleurs présidente de la COEME, l’Association des Entreprises Mauritano-Espagnoles, estime dans son discours à cette conférence qu’il est important de rappeler une chose : ceux qui voyagent dans ces embarcations ne sont presque jamais mauritaniens, que les images ont beaucoup de force, que lorsqu’une image se répète souvent… 

Une telle image finit par remplacer la réalité, étant donné que derrière cette image, il y a un pays bien plus complexe, s’appuyant dans ses propos d’ d’une expérience très personnelle, poursuit, cette leader qui occupe aussi le rôle de Business Attaché de PROEXCA en Mauritanie, où elle œuvre activement à attirer les investissements aux Iles Canaries et à accompagner les entreprises mauritaniennes souhaitant développer leurs activités à l’international, notamment à travers la plateforme MauritaniaGateway.com.

« Je suis canarienne, mais je vis en Mauritanie. Et quand on y vit, on découvre quelque chose de fascinant : les pays ressemblent rarement aux titres des journaux », met-elle en exergue. Et de dire pour s’expliquer : « aujourd’hui, la Mauritanie est aussi un pays où les femmes commencent à occuper des espaces de décision », avançant des chiffres pour illustrer cette percée de la femme mauritanienne. 

Le Parlement mauritanien compte actuellement 176 députés, dont 42 femmes, soit environ 23 % de l’assemblée, a indiqué Nayra, selon laquelle, ce progrès a été rendu possible en grande partie grâce à un système de quotas introduit lors des dernières réformes électorales qui réserve 20 sièges nationaux aux femmes.

« Cela peut sembler modeste. Mais si l’on regarde en arrière, le changement est immense », a précisé cette pionnière, organisatrice d’événements d’envergure internationale, tels que le salon MEDEX, dédié au secteur de la santé, ainsi que le forum AMEISS Atlantic Marine Industry Support Summit.

Toujours selon elle, il y a quelques décennies à peine, la présence des femmes au Parlement mauritanien était presque inexistante, alors qu’aujourd’hui, elles participent à la vie politique et à la prise de décision et qu’elles ont une vision très claire de leur rôle.

« Comme me l’expliquait récemment la députée Mariam Wane Dia, leur mission principale est de renforcer la représentation féminine dans les institutions et de promouvoir des lois autour de trois grands objectifs : la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, l’égalité des opportunités, et l’autonomie économique des femmes », a-t-elle dit.

Notre travail se concentre sur trois axes très concrets à savoir le plaidoyer législatif, la participation à la prise de décision et l’avancée vers une plus grande parité politique, a précisé la parlementaire.

Les femmes représentent un peu plus de 51 % de la population mauritanienne, cependant, leur présence dans les postes au commet de la pyramide Etat reste encore limitée, a poursuit la conférencière, installée en Mauritanie depuis plus de huit ans et jouissant d’une connaissance approfondie du terrain et des opportunités qu’offre ce marché en pleine croissance.

Toujours selon elle, sans les listes électorales spécifiques aux femmes, leur représentation serait encore plus faible, précisant à titre d’exemple, que leur présence faible dans l’administration territoriale, de trois femmes gouverneures, est réduite également au sein du gouvernement.

Les parlementaires mauritaniennes font aussi face à des obstacles sociaux, culturels et religieux qui freinent encore certaines réformes, a indiqué Nayra, selon laquelle, certains projets de loi visant à renforcer la protection des femmes ont été présentés puis retirés du Parlement à plusieurs reprises en raison de résistances conservatrices.

Toujours dans cette allocution très suivie, Nayra Delgado dit : « mais malgré cela, le processus de changement continue, et cela, en soi, est déjà significatif.

Pour ceux d’entre nous qui vivons aux Canaries, la Mauritanie n’a jamais été un pays lointain. Notre relation avec cette côte remonte à loin. Nos ancêtres naviguaient déjà vers ces eaux. Il y a eu de la pêche.

Du commerce. Des échanges. Dans cette mer qui nous sépare… mais qui nous unit aussi.

Parfois, elle ressemble davantage à un pont bleu qu’à une frontière. Aujourd’hui, cette relation est aussi économique et humaine.

Les Canaries exportent plus de 75 millions d’euros par an vers la Mauritanie. Plus de 350 entreprises canariennes participent à cet échange commercial. Et chaque année, environ 20 000 citoyens mauritaniens se rendent aux Canaries.

Beaucoup d’entre eux à Las Palmas de Gran Canaria, où ils passent plusieurs jours pour faire des achats ou accéder à des services de santé.

Plus de 5 000 Mauritaniens vivent aujourd’hui aux Canaries. Notre relation est économique.

Elle est sociale. Elle est humaine.

Et aussi stratégique. Mais peut-être que le fait le plus important concernant la Mauritanie est un autre. 

C’est un pays extraordinairement jeune. Plus de la moitié de sa population a moins de 21 ans.

Et parmi cette jeunesse se trouvent aussi les femmes qui commencent à transformer leur société.

Des femmes formées. Talentueuses.

Leader. Comme cela s’est produit aux Canaries.

L’histoire du progrès social ne se fait presque jamais immédiatement.

D’abord, ce sont les personnes qui changent. Ensuite, ce sont les institutions. Et les femmes mauritaniennes sont déjà en train de transformer leur pays.

C’est pourquoi, lorsque nous pensons aujourd’hui à la Mauritanie, nous ne devrions pas penser aux titres du passé. Ni aux stéréotypes.

Nous devrions penser à quelque chose de bien plus intéressant : les images du futur. Un futur partagé. Un futur dans lequel les femmes mauritaniennes et canariennes ne se contentent pas de soutenir la société.

jeu, 19/03/2026 - 14:58