
Le ministère espagnol des affaires étrangères José Manuel Albares a démenti, mardi 18 août, l’existence d’un «plan de contingence» énergétique contre le Maroc, révélé quelques heures plus tôt par la Radio-télévision espagnole (RTVE), selon des sources gouvernementales espagnoles citées par Electomanía.
Le média espagnol a actualisé son article en précisant que le gouvernement «nie travailler sur un plan de cette nature». Le démenti, attribué expressément au ministère des affaires étrangères, a été transmis à la presse et ne prenait pas, au moment de la vérification, la forme d’un communiqué distinct publié sur le portail de la diplomatie espagnole.
RTVE annonçait pour septembre une étude fondée sur le gaz, l’électricité et les hydrocarbures
RTVE avait présenté mardi, dans l’émission Mañaneros 360, un sujet consacré à ce qu’elle décrivait comme un plan de contingence énergétique contre le Maroc. La chaîne publique soutenait que l’exécutif espagnol avait commandé au secteur énergétique une étude détaillée de la dépendance marocaine envers l’Espagne, destinée à préparer des «mesures dissuasives» dans l’hypothèse d’une nouvelle crise migratoire.
Selon ce récit, le document devait être achevé en septembre et réunir des données sur les fournitures d’électricité, de gaz et d’hydrocarbures de l’Espagne vers le Maroc, assorties de rapports de Red Eléctrica de España et d’Enagás portant sur les infrastructures, leur utilisation et les flux énergétiques. RTVE affirmait également que le dossier serait transmis à Bruxelles afin de solliciter un financement européen, la frontière de Ceuta constituant une frontière extérieure de l’Union européenne.
Dans un second contenu, RTVE a avancé que 90 % du gaz importé par le Maroc passerait par les infrastructures espagnoles ou serait regazéifié dans la péninsule avant d’emprunter le gazoduc Maghreb-Europe. La chaîne a également chiffré à 20 % la part de l’électricité consommée au Maroc qui serait produite en Espagne et estimé qu’une autre fraction de 20 % dépendrait de gaz acheté sur les marchés internationaux par l’entremise des installations espagnoles. Ces proportions sont celles avancées par RTVE et ne ressortent pas sous cette présentation des statistiques officielles consultées.
Elma Saiz maintient que le Maroc est un «partenaire fiable» et Enagás chiffre à 4 950 GWh le gaz exporté en sept mois
La parole publique du gouvernement espagnol a, le même jour, contredit l’hypothèse d’un durcissement envers Rabat. Elma Saiz, ministre de l’inclusion, de la sécurité sociale et des migrations et porte-parole du gouvernement, a déclaré mardi que le Maroc «n’est une menace ni pour l’Europe ni pour l’Espagne» et que la réponse apportée à la crise de Ceuta n’aurait pu être conduite sans la collaboration d’un «partenaire fiable et voisin comme le Maroc». Interrogée en direct sur la qualité de partenaire fiable toujours reconnue au royaume, elle avait répondu «Absolument».
Les données des gestionnaires espagnols attestent pour leur part des flux énergétiques entre les deux rives, sans confirmer les pourcentages avancés par RTVE. Enagás a comptabilisé 992 GWh de gaz exportés par Tarifa vers le Maroc en juillet 2026 et 4 950 GWh entre janvier et juillet, volume inférieur de 13,7 % à celui de la même période de 2025. Red Eléctrica faisait de son côté apparaître, le 18 août, un solde espagnol exportateur de 16,9 GWh vers le Maroc dans son bilan électrique journalier.
José Manuel Albares, ministre des affaires étrangères, de l’Union européenne et de la coopération, avait déjà défendu le 11 août à Ceuta la continuité du dialogue avec Rabat. Il avait indiqué s’entretenir quotidiennement avec son homologue marocain Nasser Bourita, salué la «totale disposition du Maroc» à reprendre ses ressortissants et qualifié le royaume de «partenaire fondamental» dans la gestion de la frontière. La veille du démenti, des sources gouvernementales espagnoles affirmaient encore que Madrid ne prévoyait ni changement de stratégie ni inflexion de ton envers Rabat.

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