
Dans les grands moments qui suivent la disparition des hommes d’exception, les mots seuls ne suffisent plus à raconter l’événement. Ce sont alors les foules qui parlent, les visages venus de tous les horizons qui témoignent, ainsi que les délégations officielles et populaires qui révèlent l’ampleur de l’influence laissée par le disparu et prolongée par son successeur.
C’est précisément l’image qu’ont offerte les journées de condoléances suite au rappel à Dieu de Cheikh Bah Ould Cheikh El Mahfoudh. À Ankamba, capitale spirituelle de la famille Ahl Cheikh El Mahfoudh, des vagues de délégations venues de Mauritanie et du Sénégal ont afflué, illustrant avec éclat la profondeur du rayonnement spirituel, social et même politique du nouveau khalife, Cheikh Chayeh Ould Cheikh El Mahfoudh.
Les cortèges de condoléances n’avaient rien d’une simple formalité protocolaire. Ils constituaient plutôt un hommage collectif rendu à un homme qui, au fil des années, a su tisser un vaste réseau de relations humaines, religieuses et sociales, fondé sur la réconciliation, le service des populations et la consolidation des liens entre les communautés.
Durant ces journées de deuil, une évidence s’est imposée : Cheikh Chayeh n’incarne pas uniquement la continuité naturelle de la khalifat au sein de la famille Ahl Cheikh El Mahfoudh ; il représente également une figure majeure de stabilité spirituelle et sociale dans une région profondément marquée, depuis des décennies, par l’influence de cette illustre lignée religieuse et soufie.
Au Sénégal, où se trouve la capitale spirituelle de la confrérie, l’État a tenu à marquer sa présence avec une forte portée symbolique et politique. Des ministres et de hauts responsables se sont déplacés pour présenter leurs condoléances. Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, était également présent, tandis que la présidence sénégalaise dépêchait une délégation de haut niveau, témoignant ainsi du respect et de la considération accordés à la khalifat spirituelle de la famille Ahl Cheikh El Mahfoudh au sein des institutions et de la société sénégalaise.
La présence ne s’est pas limitée aux représentants de l’État. Des figures influentes issues de tous les horizons politiques et sociaux — majorité comme opposition — ont également fait le déplacement, aux côtés d’élus, de hauts fonctionnaires, de personnalités religieuses et coutumières, sans oublier des représentants des familles d’anciens présidents sénégalais, notamment celle du président Abdoulaye Wade.
Un tel consensus autour de la personne de Cheikh Chayeh ne relève nullement du hasard. Il est l’aboutissement d’un long parcours marqué par une action sociale et religieuse discrète mais constante, ainsi qu’une volonté permanente d’apaiser les tensions et de rapprocher les cœurs.
Bien avant son accession à la khalifat, l’homme était déjà reconnu pour son engagement dans la médiation, la résolution des conflits et la réconciliation entre les personnes. Des qualités qui lui ont valu une place singulière aussi bien en Mauritanie qu’au Sénégal.
Son nom reste également associé au rôle majeur qu’il joue depuis des années lors du grand rassemblement religieux de Nimjat, événement spirituel et social incontournable dans la région. Par son implication dans l’organisation, l’encadrement et l’accueil des délégations, Cheikh Chayeh y a constamment démontré son sens des responsabilités et son ouverture.
L’une des forces les plus remarquables du nouveau khalife réside dans sa capacité à conjuguer autorité spirituelle et proximité sociale. Il demeure, pour beaucoup, une référence religieuse et morale, un refuge pour les nécessiteux, une adresse incontournable pour les voyageurs et une porte toujours ouverte à ceux qui recherchent soutien, conseil ou réconciliation.
De nombreux témoignages rappellent également le rôle discret mais important qu’il a joué lors des périodes de tension ayant marqué les relations mauritano-sénégalaises par le passé. Grâce à sa sagesse et à l’étendue de ses relations, il a contribué à rapprocher les positions et à apaiser les esprits, animé par la conviction profonde que les liens entre les deux peuples dépassent largement les crises conjoncturelles.
L’accession de Cheikh Chayeh Ould Cheikh El Mahfoudh à la khalifat intervient aujourd’hui dans un contexte où les sociétés ont plus que jamais besoin de figures fédératrices, capables de restaurer le tissu social, de promouvoir les valeurs de tolérance et de solidarité, et de raviver le rôle spirituel qui a longtemps constitué un facteur d’équilibre en Afrique de l’Ouest.
Ainsi, l’impressionnante unanimité observée durant les journées de condoléances ne traduisait pas seulement la tristesse suscitée par la disparition de Cheikh Abah Ould Cheikh El Mahfoudh. Elle exprimait également une confiance collective envers son successeur, et la conviction profonde qu’il saura poursuivre l’héritage spirituel, scientifique et social de cette prestigieuse famille, avec la même sagesse, la même ouverture et le même dévouement au service des hommes.

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